Le nom de la commune de Mohon :

À propos du nom de Mohon… Il faut en finir définitivement avec l'explication du nom de la commune qui fut rendu au 19e siècle d'après le breton mochon ou moc'hon signifiant cochon ou porc et non "sanglier" comme on le dit aussi, car cette dernière appellation était ignorée de nos ancêtres qui qualifiaient le porc sauvage d'après le latin singularis, seul, individuel, qui ne vit pas en groupe, qui a donné par la suite senglaris, senglarius, sanglarius puis sanglier… En toponymie, les références aux animaux sont exceptionnelles et résultent presque toutes d'incompréhensions diverses et surtout du fait qu'un mot très connu se substitue à un autre moins usité.

 

 

Oublions donc les interprétations hasardeuses de Mohon (qui n'est pas non plus un nom d'homme comme l'avait suggéré Marthe-Paul REMINAC dans son ouvrage Grandeur et Prestige du Porhoët 1991 (1)) et ouvrons un copieux ouvrage en deux tomes publié à Besançon en 1754 intitulé Mémoires sur la langue celtique : l'auteur en est Jean-Baptiste Bullet, Premier Professeur Royal et doyen de la Faculté de Théologie de la ville, membre de l'Académie des Sciences et Belles-Lettres. L'extrait donné dans cette page montre que si moch veut bien dire cochon, il existe un autre moch qui avait autrefois le sens d'habitation et qui a été parfaitement ignoré des auteurs du 19e siècle : pas un seul village ou pas une seule ville de France (et d'ailleurs) n'est nommé "cochon" ou "porc", car il ne s'agit pas d'un repère fixe et indiscutable, l'animal étant instable parce que mouvant ; en revanche, l'indication d'une maison est omniprésente dans la toponymie parce qu'inscrite durablement dans le paysage.

 

- Ce serait une racine indo-européenne °mag– ou °mak– et variantes comme °mok– dont le sens était celui de pétrir qui aurait donné moch qui dans la langue celtique avait le sens d'habitation construite en dur par rapport aux loges qui étaient des abris de branchage recouverts de feuillage. La finale gutturale de moch l'a aussi fait écrire mog, forme que le vieux breton a retenue à propos d'une maison maçonnée et, par extension, à la famille qui l'occupait nommée mog ou moug et variantes, et aussi à la fumée qui s'échappait de la cheminée, moged et variantes qu'on retrouverait dans l'anglais smoke. Le mot mogach et variantes s'est également appliqué à l'assiette d'imposition qu'on nomme aujourd'hui foyer fiscal, parce qu'il s'agissait imposer chaque feu et non les individus eux-mêmes.

 

De préférence à la construction de maisons en dur qu'il est difficile d'envisager vers le 11ème siècle pour le commun des mortels, ce serait la présence des retranchements de Trohanier, plus connus sous le nom du Camp des Rouëts (2), qui aurait donné son nom à Mohon, à comprendre comme étant à l'origine la paroisse où se trouvait cette fortification, un ancien Mochou ou Moghou qui, par amuïssement (3) du "c", serait devenu Mohou ou Mohon.

 

Le même informateur évoque la présence au lieu d'un ancien cimetière : on sait que de juin 1638 à février 1639, la "contagion" était dans la paroisse de Mohon, ce qui occasionna une vingtaine de décès qui fit qu'on inhuma dans les cimetières de Haut et de Bas ; d'autres épidémies se sont succédées et ont fait qu'il n'était plus possible d'enterrer dans les terrains consacrés : de nombreux villages procédaient aux mises en terre dans des parcelles qui furent ultérieurement redécouvertes après être tombées dans l'oubli.

 

La même idée de fortification se retrouve dans Bodieu (4) dans lequel la première composante est identique à celle de Bodiné en Les Forges, de bod, demeure, résidence, qu'on retrouve dans Bodégat (5) qui est peut-être à comprendre comme étant bod ès garz, une maison protégée par une haie d'épineux (un hallier) qu'on retrouve dans les communes voisines sous le nom de Plessis, de plesse, haie tressée. 

 

On dit parfois que les noms propres n'ont pas d'orthographe, et on trouve bien d'autres notations du nom de Mohon, comme dans cette transcription d'un acte de 1201 donné par le bénédictin Dom Morice dans son Histoire de Bretagne (Preuves I, 793) dans laquelle on lit Alanus (Alain) de Mehon et aussi Willelmus de Badioc, peut-être un Guillaume de Bodieu. Pour en terminer, il sera rapporté que la référence à l'animal est toujours présente dans la commune, car le mocher ou moc'her était le porcher, le gardien de porc tandis qu'on disait plutôt mochaer ou moc'haer à propos du marchand : le nom de métier est devenu patronyme avec les Mocaer qui sont devenus par inversion de syllabes.

 

 

(1) - Camp des Rouëts en Mohon : si la première composante n'appelle pas de commentaire particulier (le latin campus a donné des mots comme camp, champ et décamper qui voulait dire "lever le camp") ; la seconde pourrait aussi contenir la notion de circularité du lieu évoquée par le breton tro. Au 12ème siècle, le mot roe, du latin rota, était employé à propos de l'idée de rotation, d'où la roue et le rouet qui servait à filer, également dans le sens giratoire autour duquel on tourne en voiture ou en roulotte… À rapprocher peut-être du Rouéfort en Coëtlogon autrefois en Plumieux, fut au 16ème siècle la propriété de Geoffroy du Tertre (ou de La Tertre) dont on constatera que le patronyme rappelle opportunément la motte castrale… (Source : Réformation de la noblesse du 27 mai 1536 dans l'Évêché de Saint-Brieuc). En ancien français, roie ou roye et variantes avait aussi le sens de limite territoriale, parce que les frontières étaient autrefois tracées à la charrue et le breton disait roues ou rouez à propos d'une clairière créée de main d'homme dans une forêt.

 

(1) - Extrait de l'ouvrage de Marthe-Paul REMINAC Grandeur et Prestige du Porhoët 1991 :

Mohon Les formes Moton, de 872 ; et Muthon, de 1066, montrent que ce nom n'a rien à voir avec le mot breton mo'ch, 'les porcs'. Il s'agit vraisemblablement d'un nom d'homme en vieux breton.

Histoire Au temps où la forêt de Brocéliande couvrait l'ensemble de l'Armorique, le territoire de Mohon était déjà fort apprécié pour son or, son minerai de fer, ses grands chênes et son gibier. Carrefour des principales voies qui traversent la Bretagne, le pays est le siège des réserves des troupes romaines. Au cours du temps, les camps se succèdent, celui de Bodieu établi par Corsold, le roi des Frisons, plus tard le Camp des Rouets qu'occupent les rois de Bretagne puis Éon de l'Estoile, le célèbre hérétique. Lorsqu'en 1668 les troupes anglaises rasent le château de Josselin, Bodieu sert de refuge aux gentilshommes et résistants de l'époque. Les moines de Saint-Jacut y établissent un prieuré en 1221. Un second prieuré est fondé près du château de Bodegat qui sera en partie détruit à la Révolution. À cette époque, la forêt de Lanouée fourmille de chouans, avec à leur tête Pierrot dit Saint-Régent, lieutenant de Cadoudal. Le nom de ce dernier est lié à l'attentat manqué du 24 décembre 1800, jour où le Premier consul Bonaparte, parti pour l'Opéra, à Paris, échappe de peu à la mort. Saint-Régent et l'un de ses complices sont arrêtés peu après l'attentat. Ils seront décapités sur la place de Grève.

 

(2) - Camp des Rouëts en Mohon : si la première composante n'appelle pas de commentaire particulier (le latin campus a donné des mots comme camp ou champ) ; la seconde pourrait aussi contenir la notion de circularité du lieu évoquée par le breton tro. Au 12ème siècle, le mot roe, du latin rota, était employé à propos de l'idée de rotation, d'où la roue et le rouet. En ancien français, roie ou roye et variantes avait aussi le sens de limite territoriale, parce que les frontières étaient autrefois tracées à la charrue et le breton disait roues ou rouez à propos d'une clairière créée de main d'homme dans une forêt.

 

(3) - Amuïssement : du latin mutus, muet.

 

(4) - Bodieu en Mohon : à rapprocher de Bodiel en Taupont et Bodien en Limerzel (Morbihan) siège d'anciens prieurés.

(5) - Bodégat en Mohon : à rapprocher de Bodégan en Guégon (Morbihan) où existent des retran

 

 

Que signifie le blason de  Mohon  ? blason de Mohon Les troix croix : Système de  symboles signes de Mohon, La Trinité Porhoët et Ménéac Les trois traits serpentés Les trois cours d'eau de Mohon : le NINIAM, le LEVERIN et le FRELAN Les trois étoiles et la feuille de trèfleEmblème d'une maison de Bodieu et de la maison du Sénéchal Une décoration du feuillage de la forêt Commune de Mohon appelée autrefois pays des cochons, dont la nourriture était les glands des chènes de la forêt Pour en savoir plus : Livre de Marthe-Paul REMINAC Grandeur et Prestige du Porhoët 1991 http://www.infobretagne.com/mohon.htm